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Interview radio du Dr Paul Cheney

Transcription originale de Carolyn Viviani, texte (en anglais) disponible ici


Avertissement: il est vivement conseillé aux personnes pouvant s'inspirer de tel ou tel élément d'information présenté ici de ne rien essayer sans s'être au préalable réferé à l'avis d'un médecin.


28 Fevrier 1999


Roger G. Mazlen et Dr. Paul Cheney

Dr. Mazlen
Nous sommes vraiment heureux d'avoir un éminent specialiste avec nous aujourd'hui,le Dr Paul Cheney. Le Dr Cheney est le fondateur/directeur de la clinique Cheney qui est située sur l'île de Bald Head en Caroline du Nord. Il est également l'un des pionniers de la recherche sur le Syndrôme de Fatigue Chronique ou SFC. Il est diplomé en medecin interne. Il a, de plus, suivi pendant deux ans une formation en cancero-immunologie au «Center for Diseases Control», puis est devenu Medecin-Chef à l'hôpital de la base aerienne de Mount Home dans le Montana. Là commence sa longue experience de recherche dans le domaine du Syndrôme de Fatigue Chronique, donc je vais demander à Paul de nous raconter un peu comment tout cela a commencé. Paul, bienvenue et à vous la parole maintenant.
Dr. Cheney
Merci Roger. Mes débuts dans cette maladie ont été en tant qu'interne practicien sur la rive Nord du Lac Tahoe en 1985, quand au printemps de cette même année nous avons commencé à observer un nombre croissant de patients, avec un pic à l'automne 85 d'environ 200 personnes dans une petite zone située sur la frontière entre la Californie et le Nevada, dans les montagnes de la Sierra Nevada. Au début, nous avons pensé qu'il y avait une sorte d'épidemie de grippe qui avait atteint notre groupe, qui était auparavant en assez bonne santé, mais nous avons observé que les symptômes ne se resorbaient pas avec le temps, et qu'ils evoluaient globalement vers un ensemble de trois symptômes, comprenant un état d'épuisement causant une gêne importante, des derangements de plus en plus importants sur le plan cognitif, et de fortes douleurs, en particulier aux muscles mais egalement d'autres types de douleurs. Voilà les trois principaux types de symptômes que nous avons observé, plus le fait que la situation de ces patients ne s'ameliorait pas. Et donc, nous avons invité le «Center for Diseases Control» et plus tard le Dr. Komaroff, qui était alors directeur de la medecine à Harvard et avait vu également apparaître un grand nombre de cas à Boston, à nous aider à etudier cette épidemie, ce qui a abouti à la publication d'un article en 1991 dans les «Annals of Internal Medicine» décrivant ce que nous avions observé.
Dr. Mazlen
Oui, bien entendu, cela est un évènement important et la plupart des patients ayant le Syndrôme de Fatigue Chronique sont au courant de vos travaux, et de ceux de Peterson et d'autres dans ce domaine, et nous vous sommes gré de ces découvertes, mais vous avez beaucoup progressé depuis. Vous avez été grandement impliqué au niveau national dans la recherche sur le Syndrôme de Fatigue Chronique. Vous m'avez parlé avant que nous prenions l'antenne d'un nouveau concept conçernant ce qu'est la maladie lorsqu'elle se développe, peut-être pourriez nous en dire un peu plus sur ce sujet.
Dr. Cheney
Oui, le syndrôme que nous appellons Syndrôme de Fatigue Chronique appartient probablement à un ensemble plus large de désordres de la santé connu sous le nom de syndrômes post-infectieux ou post-viraux, au moins pour une bonne majorité de patients, peut-être 60 ou 70%, qui étaient en parfaitement bonne santé jusqu'au jour où ils ont contracté une maladie ressemblant à la grippe ou à la mononucléose qui a changé leur vie du jour au lendemain. Il y a un plus petit groupe de gens chez qui on observe un démarrage plus progressif et ceux-ci representent un different type de maladie, mais il semble que pour la majorité des patients il s'agisse d'un syndrôme post-viral ou post-infectieux. Dans cette optique, il existe un autre syndrôme appelé le Syndrôme de Reye, qui touche principalement les enfants, même si les adultes peuvent en être egalement victimes, qui apparait à la suite d'une infection virale, parfois la grippe, parfois la varicelle. Les malades guerissent du syndrôme viral et puis soudain, au moment où ils semblent aller mieux, leur état se dégrade. La maladie que nous appelons Syndrôme de Reye est caracterisée par des désordres fonctionnels du foie consécutifs à l'infection virale, qui induisent une grande toxicification touchant le système nerveux central et provoquant fréquemment la mort. Le Syndrôme de Fatigue Chronique peut être consideré comme un Syndrôme de Reye qui se developpe lentement: les malades débutent par un syndrôme viral et developpent des désordres fonctionnels hépathiques et de détoxification au niveau cellulaire, qui impliquent à notre avis le gluthation mais aussi d'autres complexes enzymatiques, ce qui amène progressivement à une toxification par voie générale, en particulier à partir de la circulation portale (de même que dans le syndrôme de Reye). Puis cela atteint le système nerveux central, probablement par une toxification zenobiotique des structures du cerveau profond qui induisent l'emergence de la quadrature fatique chronique/désordres cognitifs/désordres de l'axe hyphothalamico-hypophyso-surrénalien/grandes douleurs. Donc, il s'agit d'une sorte de Syndrôme de Reye post-infectieux qui se developpe lentement, par analogie avec cette autre maladie plus grave appelée Syndrôme de Reye.
Dr. Mazlen
Il y a également autre chose dont vous m'avez parlé, à savoir le lien avec la variante à 37 kilodaltons de la RNase L et j'aimerais que vous abordiez maintenant ce sujet.
Dr. Cheney
Bien, ce sujet représente véritablement une enigme car à l'heure actuelle personne ne comprend vraiment pourquoi le foie n'assume plus son role de détoxification dans le Syndrôme de Reye, mais en ce qui concerne le Syndrôme de Fatigue Chronique, le Dr. Robert Suhadolnik a découvert il y a quelques années qu'un important complexe enzymatique connu sous le nom de complexe 2-5A RNase L était hautement activé dans le Syndrôme de Fatigue Chronique. Ce complexe enzymatique, bien qu'il soit un puissant agent antiviral empêchant la synthèse des protéines virales et donc la réplication des virus, empêche également la synthèse des protéines humaines et la production d'enzymes, et pourrait aisément être la cause du défaut de détoxification du foie dans cette maladie, qui est à l'origine des problèmes. Après avoir découvert que ce complexe enzymatique était hautement activé, le Dr. Suhadolnik decouvrit qu'il était activé de façon anormale, avec un poids moléculaire de 37 kDA (kilodalton), la valeur normale pour la protéine RNase L étant de 80 kDA. Ce poids moléculaire trop bas correspond à un peu moins de la moitié de la taille de l'enzyme normale. L'enzyme à 37 kDA est extraordinairement active, plus de six fois plus active que la RNase L normale, et résiste à la dégradation protéolytique (ce qui fait qu'elle reste plus longtemps dans le corps). Elle peut réellement perturber la synthèse des protéines, la production des enzymes et le fonctionnement des cellules, et à partir de là des fonctions du corps humain.
Dr. Mazlen
Apparemment, elle utilise également certains des précurseurs pour la production de gluthation, n'est-ce-pas?
Dr. Cheney
Et bien, il s'agit sans aucun doute d'un système enzymatique à cycle rapide qui consomme de l'ATP à tour de bras, on pourrait dire que c'est un véritable puits à ATP. C'est donc un important consommateur d'energie, mais chose plus importante, cela perturbe la production de pratiquemment chaque type d'enzyme dans le corps. Cela a un énorme effet sur le fonctionnement du corps humain.
Dr. Mazlen
Donc, voilà certainement un point très important mais, malgré cela, on n'a retrouvé ce problème que dans environ 30 a 40% des cas de Syndrômes de Fatigue Chronique.
Dr. Cheney
Exact. Ceci a été, en quelque sorte, une découverte interessante car nous esperions que le 37 kDA soit un marqueur de cette maladie, mais en fait il n'était pas présent dans un grand nombre de cas. Il était principalement présent durant les 5 premières années de la maladie, et après environ 5 ans, il commencait a diminuer de telle manière qu'après la huitième jusqu'à la douzième année, il n'y avait pratiquemment plus de 37 kDA, alors que les patients ne guerissaient pas necessairement de la maladie. Nous pensons que la maladie varie ou change quand le 37kDA diminue.
Dr. Mazlen
Paul, je voudrais que vous nous parliez un peu plus de votre recherche actuelle sur le Syndrôme de Fatigue Chronique
Dr. Cheney
Oui, bien sur. Nous avons plusieurs projets. L'un d'eux concerne la collaboration avec le Dr. Suhadolnik sur la protéine à 37 kDA et sa signification dans la maladie, mais une étude récente dans cette clinique (c'est en fait le résultat de plusieurs années d'études sur les agents de détoxification) a concerné le système du gluthation qui semble être particulièrement atteint par ce syndrôme. Nous avons essayé de traiter cela par differents moyens: en premier lieu, par thérapie orale evidemment, avec du l-gluthation reduit et du gluthation injectable, et dans quelques cas avec des précurseurs du gluthation comme la n-acetylcystéine. Bien que nous ayons observé de modestes ameliorations, en particulier sur les maux de tête avec le l-gluthation reduit, nous n'avons pas obtenu globalement de grands progrès cliniques et nous avons observé que le système du gluthation était toujours perturbé, comme l'ont montré des mesures sur des marqueurs de référence tels que les péroxides hépathiques dans les urines. Donc, nous avons recherché d'autres méthodes, et nous nous sommes interessés à un concentré de protéines du petit lait, faiblement hydrolysé, et vendue sous le nom d'Immunocal. Du fait que ce produit etait recommendé pour l'amelioration du systéme du gluthation, nous nous sommes demandé s'il ne pourrait pas avoir un effet bénéfique sur cette maladie. Donc, nous avons lancé un programme de tests il y a 6 mois. Nous sommes en ce moment en train d'analyser les résultats et nous sommes agréablement surpris par ce que nous obtenons.
Dr. Mazlen
Donc, vous obtenez des résultats positifs?
Dr. Cheney
Oui, mais nous pensons malgré tout qu'il existe un groupe de patients qui ne répond pas à ce produit. Il y a néanmoins une majorité de patients qui semble répondre cliniquement. Certains résultats intéressants et inattendus ont été observés, mais je pense que globalement, il y a eu une réponse clinique positive qui nous a vivement intéressé et qui nous encourage à poursuivre dans la voie du traitement du défaut de gluthation avec des produits de ce genre.
Dr. Mazlen
Bien, mais cette étude n'a concerné qu'un nombre limité de patients donc j'imagine que vous envisagez à présent une autre série de tests à plus grande echelle.
Dr. Cheney
Nous n'avons que 7 patients ce qui n'est pas beaucoup, mais il y a eu des réactions très concordantes dans de nombreux domaines, ce qui nous fait penser que 7 est un nombre pratiquement suffisant pour en déduire un certain nombre d'observations. Mais je pense que d'un point de vue scientifique, nous aurons besoin de plus d'études et d'un plus grand nombre de patients.
Dr. Mazlen
Tout ca est très bien car tout ce qui peut aider les patients qui souffrent soit d'une façon modérée, soit d'une façon importante, voire totalement handicapante, est le bienvenu dans la panoplie therapeutique dont nous disposons, nous medecins generalistes et chercheurs en medecine. Je vais prendre un appel de Jeeney qui est en ligne, puis nous continuerons la discussion. Jeeney, bienvenue dans l'emission. Quelle est votre question?
Jeeney
Ma question concerne l'Ampligen. J'ai entendu des propos contradictoires a son sujet. Après votre étude, quand les gens ont cessé de prendre de l'Ampligen, quel furent les conséquences?
Dr. Cheney
Bien, il y a plusieurs choses importantes à noter concernant l'Ampligen. D'abord, il n'y a aucun doute dans mon esprit concernant ce médicament puisque j'ai pu constater son caractère actif dans ce syndrôme. Cela signifie qu'il peut aider les patients, parfois de façon significative. Néanmoins, il n'aide pas tout le monde. Cela est peut être du au fait (il y a peut être plusieurs raisons possibles) que tout le monde n'a pas un abaissement de l'activation du complexe RNase L (alors que l'Ampligen semble très efficace pour réguler cette activation, au moins en ce qui concerne le SFC). Si ce complexe n'est pas activé, alors l'Ampligen peut ne pas être indiqué ou même efficace. L'Ampligen a également de fortes propriétés antivirales et je pense que certains patients pourraient ne pas avoir un état d'activation virale significatif, ce qui peut expliquer pourquoi il ne marche pas bien pour tous. L'autre point important concernant l'Ampligen est qu'il semblerait que plus on le prend longtemps, si l'on est réactif, meilleur est le résultat. Dans l'étude initiale en 1991-1992, nous avons soigné pendant 6 mois dans la plupart des cas, une année tout au plus, et ceci pourrait avoir été une période trop courte. Donc, lorsque vous n'êtes pas soigné assez longtemps avec Ampligen, même si vous réagissez positivement, votre état se dégrade très rapidement quand vous arrêtez et inversement, quand le médicament est administré sur des periodes plus longues et qu'un meilleur résultat therapeutique, plus stable, est obtenu, il semble que cet état se maintienne plus facilement une fois que le traitement est arrêté. Donc, je pense qu'il est difficile de prédire ce qui va vous arriver une fois que l'on arrête ce traitement. Mon avis est que si on l'arrête prématurément, on risque de retourner à la case départ. Si on le maintient sur une longue periode, il y a une plus grande chance de stabilité. Il semble y avoir 2 chances sur 3 pour que l'on reponde au traitement. Cette probabilité augmente si l'on cible certains groupes de patients, particulièrement ceux qui sont dans les cinq premières années de la maladie, qui ont eu un démarrage soudain de la maladie et qui ont eventuellement le complexe RNase L activé.
Dr. Mazlen
Vous m'avez declaré tout a l'heure, hors-antenne, que l'on observe une incidence notable de chlamydiae pneumoniae sur les patients atteints de SFC. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce sujet?
Dr. Cheney
Oui, bien sur. Ce syndrôme a depuis longtemps été associé avec une activation virale, et plus récemment microbienne non-virale. Il est important pour les auditeurs de distinguer entre l'association avec un quelconque organisme et la causalité, c'est capital dans le cas de cette maladie. Il se peut que ce syndrôme représente un état d'activation immunitaire qui peut, avec le désordre du système du gluthation, créer une sorte de terrain biologique sur lequel les microorganismes en état latent que nous portons en nous pratiquemment depuis l'enfance peuvent s'activer. Nous pouvons recevoir d'autres organismes de ce type pendant notre vie, qui sont normalement inactifs, mais qui sont conservés dans un état de sommeil par notre système immunitaire. Dans certains cas de SFC, les conditions sont réunies pour que ces organismes latents soient réactivés. L'un d'eux, que l'on retrouve dans une grande partie de la population mais qui est genéralement inactif, est le chlamydiae pneumoniae. Or, on l'a observé comme étant actif chez une grande proportion de malades du SFC.
Dr. Mazlen
Et bien, ceci est un élément supplémentaire important puisque les malades ont toujours des difficultés avec beaucoup de spécialistes des maladies infectieuses pour soigner leur Syndrôme de Fatigue Chronique. Beaucoup d'entre eux ne pensent pas que le fait qu'ils soient positifs à l'anticorps du virus d'Epstein-Barr, Ig G, etc… soit important. Paul, je voudrais que vous communiquiez votre adresse e-mail à l'audience.
Dr. Cheney
Oui, nous avons un site web et l'adresse e-mail est: pcheney@fnmedcenter.com
Dr Mazlen
Je voudrais également ajouter que si des personnes sont interessées pour obtenir des informations sur les recherches conçernant l'Immunocal, elles peuvent appeler le 212-875-9930 après l'emission ou appeler mon bureau au 516-352-9483 pour des informations d'ordre général. Le propriétaire de la patente et découvreur du processus de production de l'Immunocal, le Dr. Gustavo Buonos, sera notre invité le 28 Mars avec le Dr. Allen Sommersall et d'autres. Ils seront en direct ici, depuis Montréal, et nous pourrons alors prolonger la discussion sur ce sujet. Nous avons un appel, c'est Caroline… Caroline, avez-vous une question à poser?
Caroline
Oui, j'en ai en fait deux. La première concerne le fait que la College Pharmacy vend un médicament générique Immunocal et je voulais savoir si le Dr. Cheney pense qu'il est aussi efficace que l'original ou s'il en a entendu parler. La seconde est pour savoir si, quand vous avez le test conçernant le marqueur RNase L pour l'Ampligen, mais que ce complexe n'est pas activé, êtes-vous sur de ne pas être un bon candidat pour l'Ampligen?
Dr. Cheney
Deux très bonnes questions. En ce qui concerne les produits générique de concentré d'une protéine du petit lait, nous savons grâce à la demande de patente concernant l'Immunocal qu'en comparaison avec les concentrés de protéine du petit lait typiques, le produit Immunocal est bien superieur dans sa capacité à ameliorer le système du gluthation. Cependant, en ce qui concerne les autres produits génériques qui peuvent être en vente, je ne peux rien dire car je ne les ai pas testé. En théorie, il est possible à mon avis de produire un générique qui marche, mais je ne sais pas si tel ou tel générique peut fonctionner et cela devrait être etudié attentivement.
En ce qui concerne la RNase elle-même, le fait qu'elle ne soit pas activée n'exclut pas, à mon avis, une réponse à l'Ampligen, mais réduit les chances de réponse dans une certaine mesure. Je ne sais pas dans quelle proportion, mais je pense qu'il y a des personnes qui répondent de façon nette a l'Ampligen et qui n'avaient pas d'activation de ce complexe enzymatique, car l'Ampligen pourrait faire plus que simplement activer celui-ci. Il a d'autres effets.


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